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Ces disparus qui ont fait le Monde - Pierre Vidal-Naquet

Un inconditionnel de l’Algérie libre

«La politique menée par Ariel Sharon est proprement criminelle. Il ne faut pas hésiter à le dire. Nous prenons beaucoup trop de gants actuellement. Je suis à ce titre scandalisé de voir que la communauté juive est soit muette, soit approbatrice face à la politique de Sharon». Cette déclaration, Pierre Vidal-Naquet l’a proclamée, haut et fort, en 2004. C’est-à-dire au moment où les Etats-Unis et l’Europe, avec la bénédiction des pays arabes, cautionnaient les assassinats d’Israël. Pourtant, Vidal-Naquet était juif et ses parents ont été déportés et exécutés à Auschwitz par les Nazis alors qu’il était lycéen, âgé de 14 ans. Né en 1930 et mort le 30 juillet 2006, Pierre Vidal-Naquet personnifie le concept de l’intellectuel organique totalement. Historien de haute autorité, il était de tous les combats contre les atteintes à la dignité humaine, aux libertés fondamentales et défenseur sans concession des droits de l’Homme. Par souci pédagogique, il précisait en terme simple, la fonction sociale du scientifique en sciences humaines: «l’historien doit prendre part à la vie de la cité». Son parcours est défini par des positions fermes contre toutes les agressions. Durant la guerre du Vietnam et l’invasion de l’Irak, c’est en historien qu’il expliquera la nature de l’hégémonie impérialiste des Etats-Unis.


Mais en Algérie il est surtout connu pour son engagement contre les exactions et crimes coloniaux de l’armée française. Particulièrement contre la torture que souffraient les nationales algériens durant la Guerre de libération nationale.
«L’idée que les mêmes tortures puissent être infligées d’abord en Indochine et à Madagascar puis en Algérie par des officiers ou des policiers français m’a fait horreur. Mon action n’a pas d’autres sources que cette horreur absolue». En 1957, il initie la création avec d’autres intellectuels, du Comité Maurice Audin. En 1958, il signe le Manifeste des 121. Cette motion a été reçue par les autorités coloniales comme un acte de désobéissance contre l’Etat. La même année, il publie «L’Affaire Audin». Pour rappel, Maurice Audin -dont une place au centre ville d’Alger porte le nom-, est un universitaire et militant algérien assassiné par les parachutistes de Massu, sous la torture en 1957. Dans ce livre, Pierre Vidal-Naquet révèle l’hypocrisie de l’Etat français et la connivence à tous les niveaux des institutions. Il sera suspendu de son travail d’enseignant. «Pendant les années algériennes, mon but principal n’était pas de révéler les tortures -en un sens, tout le monde les connaissait-; c’était de dire la responsabilité de l’Etat au plus haut niveau». A quelques jours de sa disparition, il a fermement condamné l’agression d’Israël au Liban.

Sid’Ahmed S.