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Les faux pas de la justice américaine L’affaire Rosenberg

Après l’entrée en guerre des Etats-Unis, la ligne du front populaire atteignit son paroxysme, le CPUSA décrivant le communisme comme l’»américanisme du XXe siècle», imposant des serments de renonciation à la grève et l’acceptation de cadences de travail plus rapides au sein des syndicats qu’il contrôlait. Le parti recueillait ses appuis sur la base de l’»amitié pour l’Union soviétique», plutôt que sur la base de la lutte pour le socialisme. Parallèlement, la bureaucratie stalinienne de Moscou pris la décision aventureuse et politiquement irresponsable d’utiliser des membres des partis communistes dans le monde entier, y compris du CPUSA, comme espions, les exposant ainsi aux accusations anticommunistes selon lesquelles tous les supporteurs des partis socialistes étaient les agents d’une puissance étrangère.


Bien que l’on ne peut douter de l’héroïsme des Rosenberg pour ne pas avoir cédé à la pression des responsables de la chasse aux sorcières, on ne peut nier non plus que les politiques du CPUSA et du stalinisme les ont laissés déplorablement non préparés face à la transformation politique qui survint avec le déclenchement de la Guerre froide, et cela a affaibli leur capacité de mener une défense efficace. Pendant le procès, leurs avocats qui étaient près du PC, furent incapables de répondre politiquement aux accusations, alors qu’il était clair qu’il s’agissait bien pourtant d’un procès politique. Le but du gouvernement était d’attiser une frénésie nationaliste et anticommuniste, dans laquelle le simple fait d’être membre du Parti communiste, ou même de soutenir des idées socialistes, était perçu comme l’équivalent d’espionner pour le compte de l’URSS. Suivant les conseils de leurs avocats, les Rosenberg invoquèrent le Cinquième amendement lorsqu’ils furent interrogés, à savoir s’ils étaient membres ou non du PC, une tactique qui dans ces circonstances, ne pouvait que profiter à la poursuite et renforcer ses accusations conspiratrices. Au début, le journal du parti communiste, le Daily Worker, se distança du procès en espérant qu’il allait passer. «Nous ne voulions pas être associés d’aucune façon que ce soit, tant pour la forme qu’en contenu, avec l’espionnage, déclarait lors d’une interview en 1991 John Gates, l’ancien rédacteur du journal à l’époque. Dans l’esprit du public, les termes «espion» et «communiste» étaient des synonymes. Nous étions vraiment très mal vus».
Une campagne de deux ans pour sauver la vie des Rosenberg suivit les condamnations. Des millions de personnes dans le monde participèrent en signant des pétitions, en manifestant et en protestant. Le procès alla en processus d’appel, de la Cour d’appel des Etats-Unis à la Cour suprême. La Cour d’appel en Second Circuit rejeta l’appel des défendeurs en février 1952. En octobre suivant, la Cour suprême annonça qu’elle n’entendrait pas la cause. Quatre juges de la Cour suprême étaient prêts à surseoir à l’exécution au dernier moment, mais ce n’était pas une majorité de cinq. De plus, une audience spéciale de la Cour fut convoquée le 19 juin 1953 pour annuler un sursis ordonné par le juge William O. Douglas. Les Rosenberg furent exécutés la même nuit à la prison de Sing Sing de New York. La preuve présentée lors du procès, de même que les révélations subséquentes de témoins clés impliqués dans l’affaire, ont démontré que la poursuite était un coup monté politique grossier. Les biais du juge Irving R. Kaufman, qui présidait au procès, étaient tellement évidents qu’ils suscitèrent même la colère de l’un des juges de la Cour suprême, Felix Frankfurter. On sait depuis que Kaufman a agi de façon foncièrement illégale, en discutant notamment de l’affaire de façon inappropriée avec les membres de la poursuite avant le procès et promettant au gouvernement que la condamnation mènerait à la peine de mort.

A suivre...