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L’Algérie, qui a participé dernièrement aux travaux de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en qualité «d’invitée spéciale», a-t-elle réellement adhéré à cet ensemble géographique comme le laisse supposer le journal Liberté dans son édition d’hier?
Selon ce quotidien, la raison qui a poussé l’Algérie à adhérer à cet espace géographique est d’ordre purement personnel et non linguistique ou politique. En effet, le quotidien algérois a laissé entendre que le président Bouteflika aurait beaucoup plus succombé aux charmes de son amitié avec le président français Jacques Chirac qu’il a décidé, contre toute attente, d’intégrer cette organisation. Pour d’autres, l’adhésion de l’Algérie repose sur deux arguments pour expliquer ce virage à 180 degrés de la position algérienne. Selon eux, les modifications apportées à la charte de l’OIF au sommet de Bamako en novembre 2000, qui consacre le dépassement de la doctrine basée sur l’usage commun de la langue française et prône une doctrine respectueuse de la souveraineté, des cultures et des langues des Etats membres, ont plaidé pour une adhésion de l’Algérie.
Deuxième pays francophone par la population, l’Algérie n’est pas membre de l’OIF, mais possède un statut qu’elle conserve depuis le sommet de Beyrouth en 2002, qui aura marqué la première participation de l’Algérie à ce forum de débat des pays francophones. Ce statut «d’invitée spéciale» ne lui confère ni le droit au vote ni à la parole. En effet, depuis son accession à l’indépendance en 1962, l’Algérie, non seulement boudait cette organisation mais l’accusait de «visées néocolonialistes». Ainsi, les aides proposées par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) -bourses aux étudiants francophones, formation des enseignants en langue française et autres types de coopération culturelle- furent-elles systématiquement refusées par les Algériens. Chaque fois qu’un chef de gouvernement tentait un tant soi peu de relancer la coopération culturelle avec la France, on assistait à une levée de boucliers des tenants de l’arabisation qui, cependant, étaient les premiers à mettre leurs propres enfants dans les écoles occidentales. Il en est ainsi de l’ancien ministre de l’Education, Ali Benmohamed, l’un des principaux animateurs du courant hostile à l’enseignement du français dans l’école algérienne, dont les enfants, après avoir transité par le lycée français d’Alger, aujourd’hui le Lycée international d’Alger, ont fait de brillantes études scientifiques dans de grandes écoles françaises. La décision d’intégrer l’OIF n’a pas dû être facile à prendre. Deux sondages d’opinions, réalisés en 1999 et en 2001, ont révélé que plus de 70% des Algériens étaient en faveur de l’enseignement du français dès la première année de l’école primaire. Le français «est un atout, pas une menace», a déclaré le président Abdelaziz Bouteflika. Avec ses 63 membres, l’espace francophone devient de plus en plus une force politique. En témoigne son rôle décisif à l’Unesco pour l’adoption de la Convention sur la diversité culturelle, en octobre 2005; à New York, pour promouvoir une Organisation des Nations unies pour l’environnement (ONUE) ou créer le Conseil des droits de l’Homme. Ce sont 180 millions d’hommes et de femmes qui, dans le monde, parlent français ou aiment le français et toutes les religions sont représentées au sein de l’OIF. Par ailleurs, est-il à noter, les 21 nouveaux entrants dans cette sphère sont des pays de l’Europe de l’Est. Il y a là certainement matière à méditer…
Hocine Adryen