Edition Internet


justice

Les faux pas de la justice américaine L’affaire Rosenberg

Presque tout le monde reconnaît qu’Ethel Rosenberg n’a jamais rien eu à voir avec l’espionnage. Son frère, qui fournit la preuve déterminante contre elle au procès, a depuis admis avoir fabriqué l’histoire de son implication après s’être entendu avec les procureurs pour sauver sa peau et éviter que sa femme ne soit poursuivie. Les autorités savaient que la jeune mère de deux enfants n’avait rien fait, mais elles décidèrent de l’utiliser comme otage, espérant que la menace de la tuer briserait son mari. Elle fut finalement mise à mort pour avoir refuser de renier son mari et pour le refus de ce dernier de se prosterner devant le gouvernement. Les témoins de l’exécution décrivirent Julius et Ethel comme étant remarquablement calmes en allant vers leur mort à la chaise électrique.


Ethel, assise sur la chaise juste après que le corps sans vie de son mari en fut retiré, embrassa sa gardienne de prison sur la joue. Le bourreau eu à actionner le commutateur électrique cinq fois car le casque de cuir contenant les électrodes était trop grand pour sa tête. Justifiant ce meurtre d’État barbare, le juge Kaufman livra une diatribe réactionnaire à la fin du procès, qualifiant le supposé crime des Rosenberg comme étant «pire qu’un meurtre». Il déclara: «je crois que votre conduite qui a permis de mettre entre les mains des Russes la bombe A plusieurs années avant la date que nos meilleurs scientifiques prédisaient qu’ils pouvaient y arriver, a déjà causé, à mon avis, l’agression communiste en Corée, un conflit qui a déjà entraîné plus de 50.000 morts. Et qui sait combien de millions d’autres personnes innocentes pourraient payer le prix de votre trahison... Les preuves de votre trahison sont visibles dans notre quotidien - des activités de défense civile sont organisées dans tout le pays en prévision d’une attaque atomique». En admettant que les Rosenberg avaient été coupables de ce qu’ils ont été accusés, ce qui n’est pas le cas, il aurait été bien plus plausible d’affirmer que leurs actions auraient, en fait, sauvé la vie de millions de personnes. La production d’armes atomiques par l’URSS a en effet servi de moyen de dissuasion contre les impulsions agressives de l’impérialisme américain pendant l’Après-guerre. Si Moscou n’avait pas eu la bombe, les propositions d’utiliser les armes nucléaires faites par les militaristes enragés comme le général Douglas MacArthur pendant la guerre de Corée et le général Curtis LeMay pendant la guerre du Vietnam auraient très bien pu être mises à exécution. Bien que la politique internationale de la bureaucratie stalinienne de Moscou était contre-révolutionnaire, entraînant la défaite de la classe ouvrière pays après pays, l’existence même de l’Union soviétique et le fait qu’elle détenait des armes nucléaires servit de moyens de restriction solide aux ambitions américaines. La frustration de la classe dirigeante américaine quant à son incapacité d’utiliser son avantage militaire pour imposer sa volonté sur le monde entier s’exprima de façon morbide dans la vendetta politique contre les Rosenberg. L’histoire récente a vu la dissolution de l’Union soviétique, et par conséquent la disparition de la menace de représailles nucléaires contre les machinations mondiales de l’impérialisme américain. Le résultat en est la doctrine de la guerre préventive de l’administration Bush et l’éruption du militarisme américain menaçant de déboucher sur une nouvelle guerre mondiale. Cinquante ans après les exécutions, le procès des Rosenberg reste toujours un sujet d’une intense controverse.

A suivre...