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Deuxième journée des leçons Mohammadiennes à la Zaouïa de Sidi Mohammed Belkaïd
La civilisation islamique et son rôle dans l’édification de l’homme
Le professeur égyptien Cheikh Mohammed Ibrahim Abdel Baat a traité, mardi à 17heures, devant un immense auditoire, de la civilisation islamique et son rôle dans l’édification de l’homme.
Avant de rendre compte de cette conférence il n’est pas sans intérêt de rappeler ce qu’on entend par civilisation. Dans son ouvrage «Malaise dans la civilisation», le docteur Sigmund Freud fait observer que le terme de civilisation désigne la totalité des œuvres et organisations dont l’institution nous éloigne de l’état animal de nos ancêtres et qui servent à deux fins: «La protection de l’homme contre la nature et la réglementation des relations des hommes entre eux». Le philosophe Jean Izoulet a très bien décrit dans son ouvrage «La cité moderne» tout ce qui fait la civilisation. Citons-le: «Dans l’état de sauvagerie, l’individu de notre espèce ne possède que les attributs de l’animalité à savoir: «la sensation, l’appétit, l’impulsion, la voix ou le cri. Dans l’état de civilisation, il possède les attributs que nous appelons proprement civilisation: non plus seulement la sensation, mais la raison; non plus seulement l’appétit mais l’aspiration; non plus seulement l’impulsion, mais la liberté; non plus seulement la voix ou le cri, mais la parole ou le verbe. Dans le premier cas, il n’est qu’un «anthropoïde», dans le second cas, il est proprement «homme».
L’Historien François Guizot définit la civilisation d’un mot: le perfectionnement de la société et de l’humanité. L’idée de progrès, de développement est pour Guizot l’idée fondamentale contenue dans le mot civilisation. Cette conception de la civilisation est légèrement différente de l’idée moderne de civilisation qui désigne le double patrimoine de la technique et de la culture, l’ensemble des acquisitions matérielles et spirituelles de l’humanité, objets, institutions et pensées, matière et esprit.
Le dictionnaire philosophique Larousse fait observer que «la notion de civilisation évoque un certain état de la technique. On distingue les civilisations de l’âge de la pierre, celle de l’âge de fer et, aujourd’hui, les civilisations du charbon, du pétrole, de l’âge atomique. Ensuite une certaine forme de culture. A l’image de la personne humaine, la technique constitue le corps d’une civilisation, la culture représente son âme».
Il ne faut pas confondre la civilisation avec la culture. Le dictionnaire Lalande appelle culture le perfectionnement d’une personne qui a enrichi, en instruisant son goût, son sens critique, son jugement.
Mais revenons à présent à la conférence du cheikh Mohammed Ibrahim Abdel-Baat qui fera voir ce qu’est la civilisation islamique. «Je viens vous parler, nous dit cheikh Mohammed Ibrahim Abdel-Baat, d’une grave et délicate question sur laquelle beaucoup de gens mal intentionnés débitent des inepties. Je veux surtout montrer qu’il ne peut y avoir de conflit entre notre civilisation et celle du monde occidental».
Après ce court exorde, l’orateur entre dans le vif du sujet. La civilisation occidentale, dit-il, repose sur des lois humaines qui peuvent connaître des changements au cours du temps. En revanche, la civilisation islamique a pour fondement la «Rahma divine». Elle n’est donc pas susceptible de mutabilité. Elle ne dépend pas de l’humeur des hommes et des changements politiques.
La civilisation islamique ne concerne pas seulement les pays qui ont embrassé l’Islam, mais elle est plutôt universelle. Toute la thèse du cheikh Mohammed Ibrahim Abdel-Baat est là: elle affirme que la civilisation islamique est d’essence divine. De plus, dit-il, ce qui prime pour la civilisation islamique c’est le développement de l’homme et des sociétés humaines. En revanche, ce qui est déterminant pour la civilisation occidentale c’est le progrès de la technique. Aujourd’hui, le triomphe de la technique a abouti aux conséquences néfastes que l’on sait. La course frénétique aux armes de destruction massive constitue à présent le plus grand malheur des sociétés humaines. Voilà précisément, conclut cheikh Mohammed Ibrahim Abdel-Baat, le sérieux reproche que l’on peut faire à la démocratie occidentale.
Ces réflexions bien utiles à méditer ne sont pas sans rappeler le profond désarroi que Paul Valery, en 1919, décrivait dans ses pages Variete III. «Nous autres civilisations, avait-il écrit, savons maintenant que nous sommes mortelles; nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins, descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symboliste, leurs critiques et les critiques de leurs critiques.»
Rachid Benblal
Avocat & historien